Capharnaum et Infernum

Capharnaum: Endroit où des objets sont en grand nombre et en désordre.

Gustave Doré
French, 1832-1883
Death Can Do Nothing to Me — I See That Plainly, from the Legend of the Wandering Jew, 1867 or earlier
Wood engraving
21 13/16 x 15 3/8 in. (55.4 x 39.1 cm)
Ackland Art Museum, The University of North Carolina at Chapel Hill

Gustave Doré

French, 1832-1883

Death Can Do Nothing to Me — I See That Plainly, from the Legend of the Wandering Jew, 1867 or earlier

Wood engraving

21 13/16 x 15 3/8 in. (55.4 x 39.1 cm)

Ackland Art Museum, The University of North Carolina at Chapel Hill

(Source : centuriespast)

Raymond Depardon, Seafront in Alexandria, 1995
Kiyonobu (1663 - 1729) Japanese Woodblock Reprint 
Flower Seller Series; Great Masters of Ukiyo-e (Mokuhan Ukiyoe Taika Gashu)
http://www.fujiarts.com/cgi-bin/item.pl?item=201573

Kiyonobu (1663 - 1729) Japanese Woodblock Reprint 

Flower Seller
Series; Great Masters of Ukiyo-e (Mokuhan Ukiyoe Taika Gashu)

http://www.fujiarts.com/cgi-bin/item.pl?item=201573

(Source : yama-bato)

Air de la Reine de la Nuit - Natalie Dessay

Sait-on jamais ce que l’avenir nous réserve. Il faut laisser agir le temps. Etre heureux n’est peut-être pas aussi difficile qu’on le croit. Si cela ne dépendait que de nous ?

Jean-Paul Pinsonneault

©World Wilde Photography

Extrait des Pensées de Blaise Pascal - Pensée XVII, chapitre deuxième, section III, La volonté

"Nous ne nous tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l’avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours ; ou nous rappelons le passé, pour l’arrêter comme trop prompt : si imprudents, que nous errons dans les temps qui ne sont pas nôtres, et ne pensons point au seul qui nous appartient ; et si vains, que nous songeons à ceux qui ne sont plus rien, et échappons sans réflexion le seul qui subsiste. C’est que le présent, d’ordinaire, nous blesse. Nous le cachons à notre vue, parce qu’il nous afflige ; et s’il nous est agréable, nous regrettons de le voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par l’avenir, et pensons à disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance, pour un temps où nous n’avons aucune assurance d’arriver.
Que chacun examine ses pensées, il les trouvera toutes occupées au passé et à l’avenir. Nous ne pensons presque point au présent ; et, si nous y pensons, ce n’est que pour en prendre la lumière pour disposer de l’avenir. Le présent n’est jamais notre fin : le passé et le présent sont nos moyens ; le seul avenir est notre fin. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre ; et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais.

Des bleus à l’âme - Françoise Sagan (extrait)

"Destin étrange, que celui de l’écrivain. Il doit se mener les rênes courtes, à un pas bien accordé, l’échine droite, alors qu’idéalement il devrait faire le cheval fou, crinière au vent, gambadant par-dessus les fossés ridicules, tels la grammaire, la syntaxe ou la paresse, cette dernière étant une haie gigantesque. Quand je pense qu’on appelle ce métier un métier libéral, quand je pense qu’on n’a même pas un chef de bureau pour vous taper sur les doigts, qu’on n’a personne, vraiment personne, pour noter vos copies et quand je pense que la liberté, au fond, n’est jamais qu’une chose que l’on dérobe, dans ce cas, c’est nous-même. Voleur volé, arroseur arrosé, c’est notre lot. Les pires brimades ne peuvent jamais venir que de nous-mêmes. Quand je pense à mon malheureux destin qui consiste à faire ce que je veux quand j’en ai envie, de plus à en vivre largement, j’ai envie de sangloter. Enfin, j’espère que mes lecteurs et mon éditeur me comprendront et auront assez d’imagination pour me plaindre.
Alors, me direz-vous, pourquoi écrire ? D’abord pour des raisons sordides : parce que je suis une vieille cigale et que, si je n’écris pas pendant deux ou trois ans, je me fais l’effet d’une dégénérée. Hélas ! Dès que mes livres sont publiés, une certaine partie de la critique me traite précisément de dégénérée. De nature influençable, je m’arrête d’écrire, non sans un vif soulagement… Et puis, deux ans après, les échos de ces voix chères (les critiques) s’étant évanouis, je retrouve mon propre jugement : « Ma pauvre amie, tu n’est qu’une dégénérée. » On voit comme l’enchaînement est agréable et comme il est amusant d’être écrivain « à succès », à Paris, en 1972. Ah, c’est que je n’ai pas fini de me plaindre ! Cette vie de miel et de roses, de facilité, de gaieté et de bêtises, c’est qu’il faut pouvoir la supporter ! Il faut avoir une rude colonne vertébrale pour ne tolérer ni l’ennui ni les obligations ni les conventions, bref tout ce qui fait, quel que soit le niveau social, les points de ralliement de tout un chacun. Il faut être très équilibrée pour aller se promener librement n’importe où, sans que cette promenade ne devienne pour vous-même autre chose qu’une exquise école buissonnière.”

Françoise Sagan - Des bleues à l’âme

La vitesse, la mer, minuit, tout ce qui est éclatant, tout ce qui est noir, tout ce qui vous perd et donc vous permet de vous retrouver. Car on ne m’ôtera jamais de l’idée que c’est uniquement en se colletant avec les extrêmes de sois-même, avec ses contradictions, ses gouts, ses dégouts et ses fureurs que l’on peut comprendre un tout petit peu, oh, je dis bien un tout petit peu, ce qu’est la vie.



“Etre entièrement libre et en même temps dominé par la loi, c’est l’éternel paradoxe de la vie humaine.[Oscar WILDE]”

Raymond Devos - Parler pour ne rien dire

Parler pour ne rien dire

Mesdames et messieurs … Je vous signale tout de suite
que je vais parler pour ne rien dire.
Oh ! je sais !
Vous pensez :
"S’il n’a rien à dire… il ferait mieux de se taire!
Evidemment ! Mais c’est trop facile! … c’est trop facile!
Vous voudriez que je fasse comme tout ceux qui n’ont rien à
dire et qui le gardent pour eux?
Eh bien non! Mesdames et messieurs, moi, lorsque je n’ai rien
à dire, je veux qu’on le sache!
Je veux en faire profiter les autres!
Et si, vous-mêmes, mesdames et messieurs, vous n’avez rien à dire,
eh bien, on en parle, on en discute!
Je ne suis pas ennemi du colloque.
Mais, me direz-vous, si on en parle pour ne rien dire,
de quoi allons-nous parler?
Eh bien, de rien! De rien!
Car rien… ce n’est pas rien.
La preuve c’est qu’on peut le soustraire.
Exemple:
Rien moins rien = moins que rien!
Si l’on peut trouver moins que rien,
c’est que rien vaut déjà quelque chose!
On peut acheter quelque chose avec rien!
En le multipliant
Une fois rien … c’est rien!
Deux fois rien … c’est pas beaucoup!
Mais trois fois rien !… Pour trois fois rien on peut déjà acheter
quelque chose!… Et pour pas cher!
Maintenant si vous multipliez trois fois rien par trois fois rien:
Rien multiplié par rien = rien.
Trois multiplié par trois = neuf.
Cela fait rien de neuf!
Oui… ce n’est pas la peine d’en parler!
Bon ! Parlons d’autres choses! Parlons de la situation, tenez!
Sans préciser laquelle!
Si vous le permettez, je vais faire
brièvement l’historique de la situation,
quelle qu’elle soit!
Il y a quelques mois, souvenez-vous
la situation pour n’être pas pire que celle
d’aujourd’hui n’en n’était pas meilleure non plus !
Déjà nous allions vers la catastrophe, nous le savions…
Nous en étions conscients!
Car il ne faudrait pas croire que les responsables d’hier étaient plus
ignorants de la situation que ne le sont ceux d’aujourd’hui!
Oui la catastrophe, nous le pensions, était pour demain!
C’est-à-dire qu’en fait elle devait être pour aujourd’hui!
Si mes calculs sont justes!
Or, que voyons-nous aujourd’hui?
Qu’elle est toujours pour demain!
Alors je vous pose la question, mesdames et messieurs:
Est-ce que c’est en remettant toujours au lendemain
la catastrophe que nous pourrions
faire le jour même que nos l’éviterons? 
D’ailleurs je vous signale entre
parenthèses que si le gouvernement actuel
n’est pas capable d’assurer la catastrophe,
il est possible que l’opposition s’en empare !

Francis Blanche et Pierre Dac - “Le Parti d’en rire”.

Le possédé du percepteur - Raymond Devos

J’étais cerné par la T.V.A.!
Vous connaissez le sens secret et fiscal
de ces trois lettres?
T.V.A.
Si vous prenez les deux premières lettres T.V., cela veut
dire en clair:
- As-tu payé la taxe sur la T.V.?
Les lettres V.A. veulent dire:
- Va! Va payer la taxe sur la T.V.!
Puis T.A.: TA.
Traduire:
_ T’as payé la taxe sur la T.V.?… Ah…
Alors VA la payer!
C’est un rappel à l’ordre constant.
Même si vous lisez les lettres à l’envers,
elles vous rappellent encore quelque chose.
A.V. - Avez-vous payé…?
A.T. - Hâtez-vous de payer!…
V.T. - Vêtez-vous et hâtez-vous de payer la taxe sur la
T.V.!
Là, j’ai manqué de sens civique!
J’aurais dû me vêtir et me hâter d’aller
payer la taxe sur la valeur ajoutée.
Au lieu de quoi,
je me suis rendu au siège
de la Sécurité sociale
pour me faire rembourser une somme
importante qui m’était due
depuis fort longtemps.
Naturellement, on m’a répondu
que mon dossier s’était égaré…
Je dois dire que j’en fus presque soulagé.
Enfin, une chose qui se déroulait
normalement, comme prévu!